Chibanis, les oubliés de l’intégration

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Dans le quartier de Belleville, à quelques mètres du boulevard éponyme, c’est dans la petite rue de Pali-Kao qu’ont pris l’habitude de se retrouver les vieux travailleurs migrants, ceux que l’on appelle les chibanis. Retraités, à l’automne d’une vie qui ne les a pas épargnée, ils n’ont plus que pour seul repère, leur compagnon d’exil. Pour inaugurer cette rubrique -faite de reportages plus personnels glanés au fil du temps lors de mes déplacements- j’ai décidé d’aller à la rencontre des oubliés de l’intégration.

p1010012.jpg13h, quartier de Belleville. Comme chaque jour, lorsque le soleil est de la partie, les vieux maghrébins, ceux que l’on appelle les chibanis, envahissent les bancs de l’Est parisien. Arrivés en France très jeunes, pour travailler, la plupart n’avait pas prévu de vieillir ici, à l’ombre des platanes de la capitale française. Et pourtant, ils sont restés. « Ils étaient jeunes, vigoureux, illettrés et pauvres. Ils sont vieux, fatigués, illettrés et pauvres » écrit avec justesse Leïla Sebbar (Mes Algéries en France).

Discrets, ils passent leurs journées à bavarder ou à regarder les gens pressés se précipiter dans les bouches de métro. «Ils font comme là-bas» lance Moncef Labidi, sociologue de formation. Et souvent, ils parlent du pays. Un pays qui les a oublié. Perdus entre «ici et là-bas», ils ont vu leurs enfants grandir sur des photos. Ils ont espéré les retrouver, une fois leur tâche accomplie.

Mais aujourd’hui, alors que l’heure de la retraite a sonné et que rien ne les retient plus en France, ils ne peuvent se décider à faire le grand voyage. Simplement parce qu’ils sont devenus Français malgré eux et ont construit leur vie ici. Une vie précaire, fragile, souvent emmurée dans des immeubles qu’ils ont eux-mêmes construit et dans lesquels ils terminent leurs vieux jours.
Ali, 69 ans, a quitté la Tunisie à 19 ans pour participer à la construction des grands ensembles immobiliers de la région parisienne. Le dos voûté, les mains calleuses, il vient de rejoindre ses amis, près du métro Pyrénées. «Je viens bavarder. Ça me permet de passer le temps» avance-t-il, souriant. Ali habite dans un de ses nombreux hôtels meublés qui mite l’Est parisien. Un chez lui qui ne l’est pas tout à fait. «Je n’ai aucun meuble à moi, rien de personnel. Ce n’est pas vraiment la maison dont je rêvais ici» avoue-t-il. Mais comment faire autrement quand on touche moins de 450 euros par mois en guise de retraite.

«On essaie de s’aider»
Un peu plus loin, sur un banc du boulevard de Belleville, un autre groupe de chibanis bavarde. Parmi eux, Mohammed, 63 ans. Il a quitté le Maroc en 1968 pour participer à la construction du métro parisien. «Il fait beau aujourd’hui, on est bien». Ses amis rigolent. «On se rejoint souvent sur ce banc. On parle de la retraite, de la santé. On essaie de s’aider» dit-il. Mohammed est seul en France. Ses amis, c’est sa vie.

Abd el krim a un peu plus de chance. Son fils aîné a pu le rejoindre. «Je reste quatre mois en France et je repars en Tunisie quelques mois. Puis je reviens. Mais mon fils m’aide». Sa situation n’est pas pour autant idéale : «je ne me sens bien que dans l’avion. C’est le seul endroit où je peux me reposer, où je ne dois pas lutter». Un sentiment partagé par beaucoup. «Rentrer en Tunisie, pourquoi faire ? La vie au bled… Il n’y a pas de travail pour les jeunes, pas de droits. Ici on respecte nos droits. Pour la santé, surtout. Même si on vit au jour le jour» conclut Abd-el-Krim.

Il est 18h30, les bancs se vident à Belleville. Chacun regagne sa petite chambre, en attendant demain. Histoire de bavarder et de retrouver des amis qui auront peut-être des nouvelles fraîches du pays.

Afrique centrale : au nom de la paix !

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Promouvoir la paix en Afrique centrale et accélérer l’intégration régionale en favorisant les initiatives économiques et commerciales transfrontalières, voilà résumé la volonté de l’Inica (Initiative pour l’Afrique centrale).

in_phot_31.jpgLa restauration de la paix va souvent de pair avec la substitution de programmes de développement aux économies de guerre. Et ces programmes d’ordre économique ou commercial trouveront plus d’efficacité s’ils sont partagés par une sous région. L’histoire de la construction européenne fait office de précédent en la matière. Avant de gouverner ensemble, les six premiers Etats de l’Union (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) n’ont-ils pas créé la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) ? Et n’est-ce pas finalement cette initiative d’ordre économique mais à vocation fédérale qui a jetée les bases de la paix en Europe ?

« On invente pas tout à Paris »
« C’est vrai que ce que nous essayons de faire en Afrique centrale relève de la même dynamique » souligne Jacqueline Damon, coordinatrice de l’Inica. « Quelles que soient les options économiques, ce type de développement représente le seul antidote à la violence tandis que la coopération régionale ne peut que favoriser la prévention des conflits » ajoute Roland Pourtier, professeur à l’Université Paris 1 et auteur d’une étude sur les perspectives de reconstruction et d’intégration de l’Afrique centrale.

« A l’ère de la mondialisation, on doit raisonner en termes d’emboîtement d’échelle, depuis le local jusqu’au mondial. Le destin du paysan rwandais produisant du café, et plus encore celui du mineur de coltan du Kivu se joue dans les bourses des pays du Nord, dans les réseaux régionaux de commercialisation, dans les pratiques locales ». Et cela justifie pleinement l’Initiative pour l’Afrique Centrale, selon lui. Pour réussir, Jacqueline Damon s’attache à mener une action de terrain. Les problèmes doivent être identifiés à la base et remonter de la base vers le haut. Une approche qui rompt complètement avec les pratiques habituelles des grandes organisations internationales.
Mais selon elle, « on invente pas tout à Paris et il est nécessaire d’accompagner les stratégies positives sur le terrain ». Observation du rôle des infrastructures de transport, de leur état, des marchandises échangées, de la répartition géographique des grands groupes ethniques… Tout est passé au crible par les chercheurs de l’Observatoire de l’Inica.
De l’analyse de ces informations sortiront les grandes problématiques à résoudre. Et une fois identifiées, l’Inica mettra en réseau les différents acteurs sur place afin de trouver des solutions concrètes. Aux dirigeants des pays africains de faciliter ces discussions bilatérales et de veiller ensuite à l’application des décisions.

Les chercheurs de l’Inica resteront eux, sur place, avec la ferme volonté de faire avancer l’Afrique centrale sur la voie du développement pacifié.

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