Le MoDem est mort. François Bayrou l’a tué ! La formule est sûrement abrupte. Les observateurs avertis de la vie politique vous diront même que cette affirmation ne traduit aucunement la réalité. Ils vous démontreront ensuite la capacité de rebond du leader national du MoDem. Et enfin vous expliqueront combien il est long et difficile d’imposer un nouveau parti dans le paysage politique. Certes !
Pourtant, il est une réalité. Dimanche 14 mars, au soir des résultats du premier tour des élections régionales, le MoDem est tombé dans un coma profond. Avec 4,24 % des suffrages, le mouvement démocrate arrive même derrière le Front de gauche (6 %). Cette fois, le diagnostic vital est sérieusement engagé.
Comment en est-on arrivé là ? A la présidentielle de 2007, François Bayrou réalisait 18,6 % des voix. Il était alors le troisième homme fort du pays. Son parti, le MoDem bousculait la partition gauche-droite et s’imposait avec force et fracas. Le Nouveau centre d’Hervé Morin n’avait alors que peu de poids. L’idéal centriste était bien au MoDem !
Mais tenir un idéal n’est pas chose aisé. Jean Lecanuet en avait fait l’expérience et François Bayrou en goûte, à son tour, l’amère saveur. Au lendemain de la présidentielle, le président du Mouvement démocrate se rapproche de la gauche et déroute une partie des militants de l’ancienne UDF. Un premier écart de navigation qui lui fait perdre le cap. Un cap qu’il ne retrouvera jamais…
Campé dans une opposition systématique à la politique de Nicolas Sarkozy, François Bayrou mise sur les Européennes de 2009 pour confirmer son élan présidentiel. Historiquement, culturellement… les Européennes, c’est une élection taillée pour le MoDem. Et le Mouvement démocrate attend presque impatiemment son avènement. Sauf que… En interne, le navire s’est déjà lézardé. Preuve en est la pique lancée alors par Jean-Louis Bourlanges, ancien vice-président de l’UDF et une des grandes voix françaises du Parlement européen : « Ma famille politique (…) gît désormais à terre, tronçonnée en trois morceaux inanimés : entre l’UMP, le MoDem et le Nouveau Centre, les enfants de l’UDF n’ont le choix qu’entre une reddition, une secte et un camp de réfugiés. ». Le navire prend l’eau et la défaite est cinglante (8,4%). Autoritarisme, « hyper présidentiabilité »… Ce que Jean-Louis Bourlanges avait sous-tendu est désormais dénoncé par nombre de cadres du parti. Même Corinne Lepage, pourtant vice-président du MoDem, prend ses distances.
François Bayrou continue lui à croire en son destin quasi messianique. Durant la campagne des Régionales, il n’écoute rien, ni personne… Quasi abandonné par tous les lieutenants de poids, il choisit des leaders régionaux inconnus du grand public. Résultat : 4,24 %. Le MoDem est mort. François Bayrou l’a tué ! Europe Ecologie lui a ravi la troisième place sur le podium. Dommage pour tout ce que le centre social et humaniste a porté comme valeurs dans notre pays pendant si longtemps !
Piètre spectacle que celui de la campagne pour les élections régionales ! Manipulations minables, approximations dévastatrices, petites attaques personnelles… De ce mauvais cinéma, les critiques parleraient sans gêne de « nanard ». Dramatique campagne qui « n’incite pas à l’enthousiasme civique », comme le relève joliment François Bayrou. Au théâtre comme en politique, les mauvaises pièces font fuir les spectateurs. Ici, en l’occurrence, les électeurs.
Illustration, par l’exemple, de cette campagne guignolesque : la bataille des casiers judiciaires. Nous sommes là dans un temps fort. Tout proche même, du paroxysme d’un « grand n’importe quoi » ! Le cœur de l’intrigue…
Rappel des faits : deux élus UMP, Francis Delattre, maire de Franconville et Sébastien Meurant, maire de Saint-Leu-la-fôret, traitent Ali Soumaré, tête de liste PS d’origine malienne dans le Val d’Oise, de « délinquant multirécidiviste chevronné ». Pour appuyer leur accusation, ils décident de rendre publique les condamnations judiciaires dudit candidat. Problème : l’un des événements judiciaires -faits de vol aggravé, vol avec violence et usage de cartes de paiement contrefaites- ne concernent pas Ali Soumaré mais un homonyme.
S’il n’est pas en soi condamnable de dévoiler le passé judiciaire d’un candidat à la vie publique, nul ne doit en revanche se voir reprocher des actes qu’il n’a pas commis. Cela s’appelle de la diffamation ! Or, le minimum que l’on puisse attendre d’élus responsables, c’est que les faits imputés à une personne collent à une réalité.
Il est tout aussi attristant de voir le socialiste Vincent Peillon, coutumier des coups d’éclats, s’empresser de ressortir, suite à cette histoire, des actes de délinquance commis en 1965 par MM. Devedjian et Madelin. Au PS, on condamnera d’ailleurs l’initiative. C’est vrai que l’on n’est pas loin de la bagarre de bac à sable. Et puis s’il fallait aller chercher dans tous les partis, tous les élus qui ont eu des ennuis avec la justice, il y aurait des coupes claires.
Mais le plus navrant, c’est l’absence de contenu, d’épaisseur dans le discours. Les petites empoignades ont remplacé la réflexion collective. On retient ce qui est facile au de lieu d’expliquer ce qui l’est moins. Incarner une Région, la faire exister dans le paysage hexagonal et nourrir pour elle, une vision d’avenir… Voilà ce que l’on est en droit d’attendre d’une tête de liste. Au lieu de cela, on regarde passivement une bataille d’appareils, où seul le résultat semble importer. Grand chelem ou pas grand chelem ? Très bien mais après qu’est-ce qu’on fait…
Finalement, il aura fallu une tempête plus forte que celle des microcosmes politiques pour revenir à plus de raison. Xynthia a mis tout le monde d’accord : aujourd’hui, « c’est la solidarité qui prime ». Voilà sûrement le message le plus lucide de cette campagne !
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