L’effet d’une bombe !

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Selon un rapport « confidentiel défense », publié mardi 16 février, dans le Parisien, sous le sceau de l’exclusivité, des soldats ont été exposés délibérément aux essais nucléaires, menés par la France dans les années 1960 en Algérie, pour « étudier les effets physiologiques et psychologiques, produits sur l’homme par l’arme atomique ».
Le rapport fait référence notamment au dernier tir atmosphérique dans le Sahara algérien, baptisé « Gerboise verte » et opéré le 25 avril 1961. Peu après le tir –vingt minutes pour être exact-, deux manoeuvres ont été organisées pour envoyer des hommes en zone contaminée. Certains s’étaient abrités dans des trous d’hommes à 800 mètres du point d’impact et d’autres se sont approchés en camions 4×4. Ces manoeuvres devaient permettre de « fixer les possibilités de franchissement de la zone des retombées » ajoute le texte. Mais il reconnaît, après constatation des premiers effets sur les hommes, que « les vêtements spéciaux ne confèreraient qu’une protection relative et qu’il faudrait réduire la durée du séjour des unités dans une telle zone ».
De ces informations, que doit-on retenir… Tout d’abord que le sceau de l’exclusivité mis en avant par Le Parisien est surfait, comme le note justement sur son blog, Jean-Dominique Merchet, notre confrère de Libération. D’une part parce que « Le rapport sur les essais nucléaires de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques de 2001 » fait état de ces manœuvres. D’autre part parce qu’un dossier de presse, publié par le ministère de la Défense, en janvier 2007, relate cet épisode. Et enfin, parce que la revue Damoclès vient d’y consacrer un article.
Ceci étant dit, les écrits du Parisien participent à remettre sous les lumières médiatiques une réalité intolérable : la non-reconnaissance des conséquences des essais nucléaires sur la santé des personnes présentes sur les lieux au moment des tirs. Il y a là un manquement grave des gouvernements successifs et une fuite indigne de l’Etat devant ses responsabilités.
Cinquante ans après les premiers essais, on en est encore à chipoter sur le nombre de maladies à indemniser. Combien de temps encore ces hommes et ces femmes devront patienter pour qu’on les rétablisse dans leur dignité. Ils sont des milliers de vétérans, persuadés d’avoir été contaminé par la radioactivité, à se battre pour la reconnaissance de leur préjudice. Énucléé, défiguré à l’image de Lucien Parfait, parfois atteint de plusieurs cancers… Certes 50 ans ont passé, mais pour eux, c’est comme ci c’était hier.
Dans cette histoire, Hervé Morin, le ministre de la Défense, n’est pas plus incriminable que ces prédécesseurs. Et l’on peut acter en sa faveur qu’une nouvelle loi d’indemnisation des victimes vient d’être promulguée au journal officiel – le 6 janvier 2010-. Reste qu’on est quand même encore loin du compte !

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