Du pire et du meilleur

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Une semaine après le début de l’une des plus graves crises humanitaires auxquelles les Nations unies ont eues à répondre, comment ne pas parler de la tragédie haïtienne ?
Il n’est plus aujourd’hui de catastrophe particulière qui ne soit pas mondialisée. C’était vrai avec le tsunami qui a ravagé l’Océan Indien en 2004 et c’est vrai aussi avec le tremblement de terre qui vient de dévaster Haïti. Ce qui se passe à l’autre bout du monde raisonne désormais comme un écho tout proche. Quand l’émotion touche au coeur, elle se nationalise, s’individualise. Ce qui arrive aux autres nous arrive… Car enfin, comment être insensible à ces flots d’images terrifiantes ? Comment ne pas vouloir venir en aide à ces femmes, ces hommes, ces enfants qui errent tels des hères dans les rues d’une capitale décapitée. Leur douleur, leurs pleurs, touchent chacun d’entre-nous dans ce qu’il a de plus profond, sa condition humaine. C’est en voisin plus qu’en téléspectateur que nous nous comportons alors ; cherchant à aider… Cherchant à agir…
Mais cette empathie, aussi sincère soit-elle, donne parfois le vertige. Car du meilleur peut naître le pire. Il y a d’abord ces tonnes de médicaments qui s’entassent à l’aéroport et qui, faute d’être distribués, ne servent à personne. Il y a ensuite les guéguerres diplomatiques. Qui de la France ou des Etats-Unis fait le plus, apporte le plus… Comme ci cette préoccupation avait une quelconque importance dans le quotidien meurtri des habitants de Port-au-Prince. Il y a encore cette recherche effrénée des enfants en cours d’adoption. Comme ci ceux-ci avaient soudainement plus de valeurs que ceux –les autres- qui sont blessés, désemparés. Drôle de priorité ! Que l’on s’assure que les enfants en attente d’adoption soient en vie, que l’on en informe les familles, que l’on stabilise la situation des sinistrés dans la capitale et que l’on organise ensuite le voyage de ces enfants auraient été moins choquants.
Le malheur n’est pas égalitaire, il frappe les plus faibles. Mais il faudrait que les secours le soient. Seulement voilà, pour cela, il faut canaliser l’aide. Or, comment faire quand on se retrouve face à un gouvernement à terre et que les ONG ont plus de moyens et d’argent que l’Etat lui-même ?
Si en répondant à cette question, les acteurs internationaux et locaux trouvent une juste régulation, cette tragédie deviendra peut-être pour Haïti, l’occasion de changer de cap. Ce scénario n’est pas impossible. L’histoire est en train de s’écrire. Mais avant de penser à la fin du livre, revenons au chapitre qui nous occupe : un drame humain

Tour bodybuildée

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Champion du monde de « gonflette urbaine », c’est le titre dont peut se prévaloir l’émirat de Dubaï, depuis l’inauguration de sa « flèche », la Burj Dubaï qui culmine à plus de 800 mètres de hauteur. De quoi donner le vertige à l’ancienne championne du monde en titre, Taipei 101 (Taïwan) et ses 508 petits mètres.
S’il est un exploit dans ce projet, il est bien d’ordre sportif. Il n’y a qu’à dérouler les chiffres pour s’en convaincre, comme les bodybuilders montrent leurs muscles : 160 étages, 330 000 m3 de béton, 31 400 tonnes de barres de fer, 1 000 appartements, des bureaux dans 49 étages, un hôtel luxueux, des ascenseurs qui montent et descendent à 40 km/h… Et pour rajouter à la performance, l’enfouissement de dizaines de piliers d’acier à 150 mètres de profondeur, sur lesquels sont installées les structures d’une tour que l’on voit à 95 kilomètres à la ronde. Faste et démesure…
Comme l’ancien bloc de l’Est le faisait avec ses sportifs médaillés, Dubaï affiche avec la Burj, un semblant de fierté, pour cacher une réalité moins séduisante. En novembre dernier, l’émirat aurait même sombré dans un marasme financier si un autre émirat – Abou Dhabi pour ne pas le nommer- n’avait pas mis la main à la poche et apporté 10 milliards de dollars sur la table. Une perche saisie in extremis par Dubaï pour se sortir des sables mouvants de la crise. Mais jusqu’à quand ? Car si l’émirat a des gratte-ciel, il n’a plus d’argent.
Deux de ces principaux groupes, le géant Dubaï world et sa filiale immobilière Nakheel atteignent des endettements records. Pour se donner un ordre d’idée : la dette de Dubaï world est estimée à 60 milliards de dollars, ce qui représente tout de même plus des deux tiers de la dette de l’émirat.
Crise et gratte-ciel, une spécificité du golfe Persique ? Pas si sûr… Si l’on se réfère à la thèse assez convaincante de l’analyste économique Andrew Lawrence, les deux phénomènes seraient même intimement liés. Ainsi l’Empire state building a vu le jour lors de la crise de 1929, la Sea Tower à Chicago a été achevée à la veille du choc pétrolier de 1974 et les tours jumelles de Kuala Lumpur sont apparues à l’époque de l’effondrement du marché Malais en 1997. Concours de circonstance ou simple lien de cause à effet ? La question reste ouverte, même si la corrélation des faits invite à la réflexion.
Toujours est-il que la Burj devrait être un des derniers modèles du genre. Certains pays, en quête de grandeur, se paieront peut-être le luxe d’atteindre le kilomètre, après quoi nous toucherons à des sommets. Et puis la tendance change. Désormais, le défi est à la construction de tours entièrement végétalisées. Cela ne s’est jamais fait. Pourtant, le vert invite à l’espoir plus qu’à la dépression !

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