Piètre spectacle que celui de la campagne pour les élections régionales ! Manipulations minables, approximations dévastatrices, petites attaques personnelles… De ce mauvais cinéma, les critiques parleraient sans gêne de « nanard ». Dramatique campagne qui « n’incite pas à l’enthousiasme civique », comme le relève joliment François Bayrou. Au théâtre comme en politique, les mauvaises pièces font fuir les spectateurs. Ici, en l’occurrence, les électeurs.
Illustration, par l’exemple, de cette campagne guignolesque : la bataille des casiers judiciaires. Nous sommes là dans un temps fort. Tout proche même, du paroxysme d’un « grand n’importe quoi » ! Le cœur de l’intrigue…
Rappel des faits : deux élus UMP, Francis Delattre, maire de Franconville et Sébastien Meurant, maire de Saint-Leu-la-fôret, traitent Ali Soumaré, tête de liste PS d’origine malienne dans le Val d’Oise, de « délinquant multirécidiviste chevronné ». Pour appuyer leur accusation, ils décident de rendre publique les condamnations judiciaires dudit candidat. Problème : l’un des événements judiciaires -faits de vol aggravé, vol avec violence et usage de cartes de paiement contrefaites- ne concernent pas Ali Soumaré mais un homonyme.
S’il n’est pas en soi condamnable de dévoiler le passé judiciaire d’un candidat à la vie publique, nul ne doit en revanche se voir reprocher des actes qu’il n’a pas commis. Cela s’appelle de la diffamation ! Or, le minimum que l’on puisse attendre d’élus responsables, c’est que les faits imputés à une personne collent à une réalité.
Il est tout aussi attristant de voir le socialiste Vincent Peillon, coutumier des coups d’éclats, s’empresser de ressortir, suite à cette histoire, des actes de délinquance commis en 1965 par MM. Devedjian et Madelin. Au PS, on condamnera d’ailleurs l’initiative. C’est vrai que l’on n’est pas loin de la bagarre de bac à sable. Et puis s’il fallait aller chercher dans tous les partis, tous les élus qui ont eu des ennuis avec la justice, il y aurait des coupes claires.
Mais le plus navrant, c’est l’absence de contenu, d’épaisseur dans le discours. Les petites empoignades ont remplacé la réflexion collective. On retient ce qui est facile au de lieu d’expliquer ce qui l’est moins. Incarner une Région, la faire exister dans le paysage hexagonal et nourrir pour elle, une vision d’avenir… Voilà ce que l’on est en droit d’attendre d’une tête de liste. Au lieu de cela, on regarde passivement une bataille d’appareils, où seul le résultat semble importer. Grand chelem ou pas grand chelem ? Très bien mais après qu’est-ce qu’on fait…
Finalement, il aura fallu une tempête plus forte que celle des microcosmes politiques pour revenir à plus de raison. Xynthia a mis tout le monde d’accord : aujourd’hui, « c’est la solidarité qui prime ». Voilà sûrement le message le plus lucide de cette campagne !
Selon un rapport « confidentiel défense », publié mardi 16 février, dans le Parisien, sous le sceau de l’exclusivité, des soldats ont été exposés délibérément aux essais nucléaires, menés par la France dans les années 1960 en Algérie, pour « étudier les effets physiologiques et psychologiques, produits sur l’homme par l’arme atomique ».
Le rapport fait référence notamment au dernier tir atmosphérique dans le Sahara algérien, baptisé « Gerboise verte » et opéré le 25 avril 1961. Peu après le tir –vingt minutes pour être exact-, deux manoeuvres ont été organisées pour envoyer des hommes en zone contaminée. Certains s’étaient abrités dans des trous d’hommes à 800 mètres du point d’impact et d’autres se sont approchés en camions 4×4. Ces manoeuvres devaient permettre de « fixer les possibilités de franchissement de la zone des retombées » ajoute le texte. Mais il reconnaît, après constatation des premiers effets sur les hommes, que « les vêtements spéciaux ne confèreraient qu’une protection relative et qu’il faudrait réduire la durée du séjour des unités dans une telle zone ».
De ces informations, que doit-on retenir… Tout d’abord que le sceau de l’exclusivité mis en avant par Le Parisien est surfait, comme le note justement sur son blog, Jean-Dominique Merchet, notre confrère de Libération. D’une part parce que « Le rapport sur les essais nucléaires de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques de 2001 » fait état de ces manœuvres. D’autre part parce qu’un dossier de presse, publié par le ministère de la Défense, en janvier 2007, relate cet épisode. Et enfin, parce que la revue Damoclès vient d’y consacrer un article.
Ceci étant dit, les écrits du Parisien participent à remettre sous les lumières médiatiques une réalité intolérable : la non-reconnaissance des conséquences des essais nucléaires sur la santé des personnes présentes sur les lieux au moment des tirs. Il y a là un manquement grave des gouvernements successifs et une fuite indigne de l’Etat devant ses responsabilités.
Cinquante ans après les premiers essais, on en est encore à chipoter sur le nombre de maladies à indemniser. Combien de temps encore ces hommes et ces femmes devront patienter pour qu’on les rétablisse dans leur dignité. Ils sont des milliers de vétérans, persuadés d’avoir été contaminé par la radioactivité, à se battre pour la reconnaissance de leur préjudice. Énucléé, défiguré à l’image de Lucien Parfait, parfois atteint de plusieurs cancers… Certes 50 ans ont passé, mais pour eux, c’est comme ci c’était hier.
Dans cette histoire, Hervé Morin, le ministre de la Défense, n’est pas plus incriminable que ces prédécesseurs. Et l’on peut acter en sa faveur qu’une nouvelle loi d’indemnisation des victimes vient d’être promulguée au journal officiel – le 6 janvier 2010-. Reste qu’on est quand même encore loin du compte !
Une semaine après le début de l’une des plus graves crises humanitaires auxquelles les Nations unies ont eues à répondre, comment ne pas parler de la tragédie haïtienne ?
Il n’est plus aujourd’hui de catastrophe particulière qui ne soit pas mondialisée. C’était vrai avec le tsunami qui a ravagé l’Océan Indien en 2004 et c’est vrai aussi avec le tremblement de terre qui vient de dévaster Haïti. Ce qui se passe à l’autre bout du monde raisonne désormais comme un écho tout proche. Quand l’émotion touche au coeur, elle se nationalise, s’individualise. Ce qui arrive aux autres nous arrive… Car enfin, comment être insensible à ces flots d’images terrifiantes ? Comment ne pas vouloir venir en aide à ces femmes, ces hommes, ces enfants qui errent tels des hères dans les rues d’une capitale décapitée. Leur douleur, leurs pleurs, touchent chacun d’entre-nous dans ce qu’il a de plus profond, sa condition humaine. C’est en voisin plus qu’en téléspectateur que nous nous comportons alors ; cherchant à aider… Cherchant à agir…
Mais cette empathie, aussi sincère soit-elle, donne parfois le vertige. Car du meilleur peut naître le pire. Il y a d’abord ces tonnes de médicaments qui s’entassent à l’aéroport et qui, faute d’être distribués, ne servent à personne. Il y a ensuite les guéguerres diplomatiques. Qui de la France ou des Etats-Unis fait le plus, apporte le plus… Comme ci cette préoccupation avait une quelconque importance dans le quotidien meurtri des habitants de Port-au-Prince. Il y a encore cette recherche effrénée des enfants en cours d’adoption. Comme ci ceux-ci avaient soudainement plus de valeurs que ceux –les autres- qui sont blessés, désemparés. Drôle de priorité ! Que l’on s’assure que les enfants en attente d’adoption soient en vie, que l’on en informe les familles, que l’on stabilise la situation des sinistrés dans la capitale et que l’on organise ensuite le voyage de ces enfants auraient été moins choquants.
Le malheur n’est pas égalitaire, il frappe les plus faibles. Mais il faudrait que les secours le soient. Seulement voilà, pour cela, il faut canaliser l’aide. Or, comment faire quand on se retrouve face à un gouvernement à terre et que les ONG ont plus de moyens et d’argent que l’Etat lui-même ?
Si en répondant à cette question, les acteurs internationaux et locaux trouvent une juste régulation, cette tragédie deviendra peut-être pour Haïti, l’occasion de changer de cap. Ce scénario n’est pas impossible. L’histoire est en train de s’écrire. Mais avant de penser à la fin du livre, revenons au chapitre qui nous occupe : un drame humain
Champion du monde de « gonflette urbaine », c’est le titre dont peut se prévaloir l’émirat de Dubaï, depuis l’inauguration de sa « flèche », la Burj Dubaï qui culmine à plus de 800 mètres de hauteur. De quoi donner le vertige à l’ancienne championne du monde en titre, Taipei 101 (Taïwan) et ses 508 petits mètres.
S’il est un exploit dans ce projet, il est bien d’ordre sportif. Il n’y a qu’à dérouler les chiffres pour s’en convaincre, comme les bodybuilders montrent leurs muscles : 160 étages, 330 000 m3 de béton, 31 400 tonnes de barres de fer, 1 000 appartements, des bureaux dans 49 étages, un hôtel luxueux, des ascenseurs qui montent et descendent à 40 km/h… Et pour rajouter à la performance, l’enfouissement de dizaines de piliers d’acier à 150 mètres de profondeur, sur lesquels sont installées les structures d’une tour que l’on voit à 95 kilomètres à la ronde. Faste et démesure…
Comme l’ancien bloc de l’Est le faisait avec ses sportifs médaillés, Dubaï affiche avec la Burj, un semblant de fierté, pour cacher une réalité moins séduisante. En novembre dernier, l’émirat aurait même sombré dans un marasme financier si un autre émirat – Abou Dhabi pour ne pas le nommer- n’avait pas mis la main à la poche et apporté 10 milliards de dollars sur la table. Une perche saisie in extremis par Dubaï pour se sortir des sables mouvants de la crise. Mais jusqu’à quand ? Car si l’émirat a des gratte-ciel, il n’a plus d’argent.
Deux de ces principaux groupes, le géant Dubaï world et sa filiale immobilière Nakheel atteignent des endettements records. Pour se donner un ordre d’idée : la dette de Dubaï world est estimée à 60 milliards de dollars, ce qui représente tout de même plus des deux tiers de la dette de l’émirat.
Crise et gratte-ciel, une spécificité du golfe Persique ? Pas si sûr… Si l’on se réfère à la thèse assez convaincante de l’analyste économique Andrew Lawrence, les deux phénomènes seraient même intimement liés. Ainsi l’Empire state building a vu le jour lors de la crise de 1929, la Sea Tower à Chicago a été achevée à la veille du choc pétrolier de 1974 et les tours jumelles de Kuala Lumpur sont apparues à l’époque de l’effondrement du marché Malais en 1997. Concours de circonstance ou simple lien de cause à effet ? La question reste ouverte, même si la corrélation des faits invite à la réflexion.
Toujours est-il que la Burj devrait être un des derniers modèles du genre. Certains pays, en quête de grandeur, se paieront peut-être le luxe d’atteindre le kilomètre, après quoi nous toucherons à des sommets. Et puis la tendance change. Désormais, le défi est à la construction de tours entièrement végétalisées. Cela ne s’est jamais fait. Pourtant, le vert invite à l’espoir plus qu’à la dépression !
De toutes les fêtes religieuses, Noël est la plus populaire. C’est aussi celle qui rassemble encore le plus de monde dans les églises. Ce jour-là, un sentiment mystérieux envahit les cœurs et poussent les hommes à agir différemment. On se rassemble, on se réconcilie, on s’écoute, se laissant même envahir, inconsciemment parfois, par une générosité pleine et non feinte ; une générosité qui se matérialise, certes, au pied du sapin, mais qui s’incarne aussi plus largement dans le don.
Extraordinaire ! Quand on y pense… Il n’y a pas d’autres jours pareil à celui-là dans une année. Une journée où le don de soi aux autres –êtres aimés ou inconnus- soit aussi largement partagé. C’est pourquoi, peut-être, la misère nous est encore plus insupportable à Noël.
Familles fragilisées, sans famille, sans-logis… Notre compassion se confronte ce jour-là, plus durement qu’à l’habitude, à nos maux sociaux. « Je vis au RMI. Vous comprenez, j’ai cinquante ans, et dans mon état de santé, il n’y a plus de place pour moi. Mais pour Jésus non plus, il n’y avait plus de place dans l’auberge. Alors nous sommes proches l’un de l’autre » nous déclarait récemment un homme, victime de la crise économique. Un témoignage fort de sens !
Cet homme a tout perdu. Pour les fêtes, il sera seul et certainement en colère… Pas de cadeaux en abondance, pas de victuailles non plus, mais la joie d’une présence, celle de Jésus. « Quand j’aurai lâché ma tristesse, je sais que Jésus me rejoindra et me prendra par la main ».
Lorsque le secondaire vient à manquer, l’essentiel prend beaucoup plus d’importance.
« Rien de merveilleux, rien d’extraordinaire, rien d’éclatant n’est donné comme signe aux bergers commente le pape Benoît XVI. Ils verront seulement un enfant entouré de langes, qui, comme tous les enfants, a besoin de soins matériels. Un enfant qui est né, dans une étable et qui est couché non pas dans un berceau mais dans une mangeoire. Le signe de Dieu est l’enfant avec son besoin d’aide et de pauvreté ».
Et si justement, en cette année de crise, la célébration de Noël nous invitait à réactualiser le sens que nous donnons à l’économie ? Et si nous choisissions, avec force, la voie de la solidarité ? Car, au fond, quels autres chemins menant à un mode d’organisation durable de notre société existe-t-il ? N’ajoutons pas à la crise économique et sociale, la crise de l’intelligence. Et faisons de ce Noël, un rendez-vous d’espérance pour tous les hommes, quelle que soit leur condition.
Commentaires récents